On ne s’attend pas à ce que le corps garde la mémoire d’événements qu’on croyait enfouis. Pourtant, le yoga, bien plus qu’une série de mouvements, invite à revisiter ce que l’on pensait avoir oublié. Chaque posture, chaque souffle, devient une occasion de libérer des tensions qui, souvent, échappent à la seule volonté.
Le yoga ne se limite pas à une activité physique ou à une technique de relaxation. Cette discipline ouvre la porte à une exploration intérieure, permettant d’accéder à des couches profondes de notre vécu. Les tensions, les émotions non exprimées, tout ce que l’on a accumulé au fil des années, s’invitent parfois sur le tapis. On sait aujourd’hui, études à l’appui, que certaines postures ou exercices de respiration peuvent réveiller des souvenirs douloureux, faisant émerger ce qui était resté enfoui. Ce processus n’a rien d’anodin : il offre à chacun la possibilité de s’engager dans une véritable transformation, à la fois physique et psychique. En alliant conscience corporelle et attention à l’instant, le yoga se révèle un allié précieux pour qui cherche à se délester du poids invisible d’un passé traumatique.
Comprendre les traumatismes et leur impact sur le corps
Lorsqu’un choc survient, agression, accident, abus, ses répercussions ne s’effacent pas d’un revers de main. Les blessures psychiques, souvent qualifiées de traumatismes enfouis, continuent de peser, bien après que l’événement ait eu lieu. Leur ancrage dans le corps est parfois si profond qu’il se manifeste des années plus tard, sous forme d’anxiété, de troubles du sommeil ou de douleurs persistantes. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) illustre parfaitement cette réalité, avec des symptômes qui touchent autant l’esprit que le corps.
Le Dr Bessel Van Der Kolk, référence mondiale sur la question, l’explique sans détour : le corps garde la trace des traumatismes, même lorsque la tête voudrait tourner la page. Dans son ouvrage ‘Le corps n’oublie rien’, il met en lumière ce lien intime entre mémoire corporelle et souffrance psychique. Ainsi, un traumatisme ne se limite pas à une blessure mentale ; il marque la personne dans sa globalité, avec des répercussions sur sa santé à long terme.
L’exemple de Julie, ancienne humanitaire, en dit long. Après son retour d’une mission difficile, elle se heurte à un TSPT tenace. Les thérapies classiques n’apportent qu’un soulagement partiel. C’est en s’ouvrant à d’autres pratiques, notamment le yoga, qu’elle commence à retrouver un certain apaisement. Ce cheminement lui permet d’apprivoiser à la fois ses émotions et les tensions physiques liées au traumatisme. Son histoire, loin d’être un cas isolé, illustre combien la prise en charge du corps et de l’esprit s’avère indissociable.
Pour saisir l’ampleur du problème, il faut donc considérer la personne dans sa globalité. Cette approche holistique, qui fait la force du yoga, s’impose comme une réponse adaptée pour libérer les blocages et engager un processus de réparation authentique.
Le rôle du yoga dans la libération des traumatismes
Le yoga, transmis depuis des générations, n’a rien d’une simple gymnastique. Il se distingue par sa capacité à accompagner la libération des traumatismes enfouis. À travers l’enchaînement des postures (asanas), la maîtrise du souffle (pranayama) et la méditation, il invite à une reconnexion intérieure, là où les mots ne suffisent plus. Cette discipline globale agit comme un catalyseur, favorisant la guérison émotionnelle et la détente profonde.
Le yoga thérapeutique
Parmi les approches récentes, le trauma-sensitive yoga a été conçu pour répondre aux besoins de celles et ceux qui portent en eux des blessures anciennes. Tahnee Perrot, spécialiste reconnue, insiste sur l’importance d’un cadre bienveillant et respectueux du rythme de chacun. Ici, la pratique s’adapte à la personne, et non l’inverse. Ce type de yoga vient compléter d’autres formes de prise en charge, telles que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou l’EMDR, en apportant une dimension corporelle que la thérapie verbale n’explore pas toujours.
Les bénéfices reconnus
Plusieurs organismes, dont Saprea, ont intégré le yoga à leurs programmes destinés à accompagner les personnes ayant subi des abus sexuels dans l’enfance. Les résultats sont là : la pratique régulière du yoga contribue à apaiser les symptômes du stress post-traumatique, tout en restaurant la confiance en soi. Pour de nombreux participants, cette démarche s’inscrit dans un parcours de reconstruction globale, main dans la main avec d’autres ressources thérapeutiques.
En donnant la possibilité d’exprimer des émotions longtemps tues, en facilitant la réappropriation du corps, le yoga s’impose comme un partenaire de choix dans la traversée du traumatisme. Il ne prétend pas tout résoudre, mais il offre un chemin vers plus de liberté intérieure.
Pratiques et postures de yoga pour la guérison émotionnelle
On peut distinguer trois axes majeurs dans le yoga pour la guérison émotionnelle : la respiration consciente (pranayama), le travail postural (asanas) et la méditation. Ensemble, ces piliers créent un espace propice à la libération des tensions et à la stabilisation du système nerveux.
Pranayama : respiration consciente
Le pranayama désigne l’ensemble des techniques de respiration qui invitent à ralentir, à se recentrer. Ces exercices agissent directement sur le stress, l’anxiété et la clarté mentale. Voici quelques techniques particulièrement utiles pour avancer sur le chemin de la guérison émotionnelle :
- Nadi Shodhana (respiration alternée) : elle favorise l’équilibre mental en harmonisant les deux hémisphères du cerveau.
- Ujjayi (respiration victorieuse) : cette respiration profonde et sonore produit une chaleur intérieure tout en calmant le système nerveux.
Asanas : postures physiques
Les asanas servent à renforcer, délier et apaiser le corps. Certaines postures sont particulièrement indiquées pour accompagner la libération émotionnelle. On peut citer, parmi les plus efficaces :
- Balasana (posture de l’enfant) : cette position enveloppante procure un sentiment de sécurité et d’apaisement immédiat.
- Savasana (posture du cadavre) : allongé, le corps relâche toutes ses tensions et intègre les bénéfices de la séance.
- Supta Baddha Konasana (posture du papillon allongé) : les hanches s’ouvrent en douceur, permettant aux émotions retenues de s’exprimer.
Méditation et méthode YOVT
La méditation, intégrée à la routine de yoga, apporte une stabilité mentale et un apaisement durables. En s’appuyant sur la sagesse de l’ayurveda, la méthode YOVT propose un accompagnement global, alliant respiration, mouvement et pleine présence. Cette démarche, subtile et progressive, s’adresse à celles et ceux qui souhaitent aller au bout de la réparation intérieure.
Au fil de la pratique, les tensions se relâchent, le mental s’apaise, et l’on découvre, parfois avec surprise, qu’il existe un chemin vers la sérénité, même après le tumulte. Le tapis de yoga devient alors bien plus qu’un simple accessoire : il incarne un espace de renaissance, à la fois intime et universel.


